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Samedi 4 septembre 2010 à 19:49

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De polémiques en polémiques, de buzz en buzz, Internet fait tour à tour peur et rêver. Fondement d'un nouveau totalitarisme ? Ou moyen d'expression d'une liberté absolue ? A moins que ce ne soit à la fois l'un et l'autre.

Dans son numéro du 11 août, L'Express consacre un dossier au « web-flicage », la saisie et la diffusion de données sur Internet. De quoi alimenter les argumentaires de tous ceux qui veulent restreindre l'usage d'Internet. L'image d'Internet comme super flic, adjoint d'une société de surveillance, peut pourtant surprendre tant il est associé à son exact opposé, une liberté absolue. Alors, hippy ou Big Brother ?

On le sait, Internet permet d'oublier toutes les frontières du monde réel. Tout, tout de suite. L'échec d'Hadopi (à venir mais quasi certain) et de ses prédécesseurs montre bien que la propriété privée n'est pas une limite. Le dossier de L'Express indique que la vie privée n'offre pas plus de résistance à la pression libertaire que diffuse Internet. Mais plutôt que le support d'une société de surveillance, Internet est l'outil de diffusion d'une nouvelle sorte de totalitarisme où la liberté, ou plutôt une idée dévoyée de la liberté, tient une place centrale. Sans que nous puissions nous y opposer, du moins sans se faire traiter de conservateur réactionnaire et passéiste, on nous exhorte à renoncer à tout ce qui pourrait freiner cette irrésistible liberté. Sexe, âge, métier, race, préférences sportives, expériences sexuelles, gestes quotidiens... Nous sommes expressément invités à tout dévoiler sur l'immense place publique qu'est le web. Celui qui n'y est pas est un has-been et celui qui n'a pas livré assez d'informations menacé de l'être.

La collecte d'informations d'Internet ne se fait d'ailleurs pas toujours très volontairement. La moindre opération est enregistrée grâce aux cookies et vendue ensuite à des sites commerçants, bien contents de pouvoir mettre au point des publicités personnalisées, plus subtile de plaire et donc de faire vendre. Car l'espionnage n'est plus orchestré par l'État dans un but sécuritaire, plus seulement en tout cas, mais principalement par des entreprises, afin de faire plus de profit.

Le droit à l'oubli est à peine né qu'il est déjà rejeté. A terme, notre conception de la vie privée sera radicalement changée. La délimitation entre public et privé va progressivement s'effacer jusqu'à ce que ces deux sphères ne fassent plus qu'un et que la vie de chacun soit exposée aux yeux d'un autre. Internet n'est d'ailleurs pas le seul à véhiculer une telle pensée, que l'on retrouve aussi avec la télé-réalité. Pourra-t-on bientôt zapper entre 6,5 milliards de chaînes télé ? Après tout, apparue au XIXe siècle, la vie privée est déjà une vieille idée qui prend la poussière.





Lundi 12 juillet 2010 à 16:48

Faute de temps pour écrire un article convenable, mais parce que j'ai quand même dû mal à laisser commentaire.s péricliter, je poste aujourd'hui un ensemble de citations que j'ai trouvé dans L'Express du 30 juin et L'Expansion de juillet – août.


[A propos de l'Euro] « On ne peut avoir une monnaie unique sans une instance de pilotage des grandes orientations de politiques économiques, budgétaires et fiscales. » Alain Juppé


« En politique, il [faut] dire la vérité... sauf quand elle est vraiment nuisible ! » Alain Juppé


« Si l'on veut des élus de qualité, il faut les rémunérer convenablement. Tout travail mérite salaire. » Alain Juppé


« De mon temps, la France était gérée par des hauts fonctionnaires et des ingénieurs ; cela ne marchait pas mal d'ailleurs. Aujourd'hui elle est gérée par des avocats. Un avocat, cela cherche une cause et cela cherche un idéal. Derrière tout ce qui se passe, cherchez la cause et cherchez l'idéal. » Valéry Giscard d'Estaing


« L'État-Nation comme forme moderne d'organisation s'est bel et bien enraciné sur le continent [africain]. Il ne s'agit plus d'un concept importé. » Achille Mbembé, universitaire camerounais


« Il existe un écart énorme entre [la] connaissance du continent [africain] et la politique menée. Laquelle repose sur des présupposés datant du XIXe siècle. À la clef, une navrante régression mentale et intellectuelle. L'ex-puissance coloniale a cru décoloniser mais ne s'est pas décolonisée elle-même. » Achille Mbembé, universitaire camerounais


« Lorsqu'une guerre se passe mal, les généraux s'en prennent immanquablement au pouvoir civil. » Christian Makarian, chroniqueur.


Augmenter la TVA est une mesure « antisociale, puisque les pauvres consomment davantage que les riches en proportion de leur revenu. » Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Expansion.


« Le système capitaliste repose sur la confiance. En permettant à l'acteur économique de miser sur la fiabilité de ses semblables et de ses institutions, elle lui évite d'avoir à se poser la question de la rationalité de ses choix. » Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Expansion.


« Les leçons de l'histoire sont complexes et pas toujours conformes à la tradition keynésienne, selon laquelle une augmentation des déficits publics (par réduction des impôts ou hausse des dépenses de l'État) renforce toujours l'activité tandis que leur réduction les affaiblit. Ainsi, selon le Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), qui a étudié une vingtaine de baisses d'impôts dans dix-sept pays développés depuis 1970, cette mécanique fonctionne même à l'envers une fois sur deux.


En fait, trois conditions doivent être réunies pour que la gestion plus saine des finances publiques relance assez vite la croissance », à savoir l'ouverture large du crédit, une dépréciation de la monnaie et une diminution massive et crédible sur le long terme des dépenses publiques. Emmanuel Lechypre, rédacteur en chef de L'Expansion.


« La communication n'est plus seulement l'émission d'un message, c'est aussi la capacité à faire qu'il soit cru, à trouver les relais qui en renforceront la crédibilité. » Anne Méaux, conseillère en communication


« On risque d'aller vers une nouvelle inégalité : entre les éclairés, qui peuvent différencier les informations fiables et les autres, et la grande masse crédule. On recrée de l'inégalité en prétendant donner des outils qui faciliteraient l'égalité d'accès. » Anne Méaux, conseillère en communication

Mardi 29 juin 2010 à 16:31

Cela ne vous aura pas échappé, je n'ai pas écrit d'articles depuis plusieurs mois. La raison en est très simple : j'ai considéré que mon travail était une priorité, d'autant plus que mes résultats allaient déterminer ma destination en 3e année. Il faut croire d'ailleurs que cet acharnement a payé, une fois de plus (c'est déjà grâce à lui que j'ai réussi le concours commun des IEPs de province et suis actuellement à Sciences Po Strasbourg) : je suis 3e/150 de ma promotion avec 15,2 de moyenne. Les vacances pourraient certes une occasion de reprendre ce blog que j'apprécie toujours autant mais j'ai perdu mon ordinateur il y a peu. Je suis actuellement obliger de profiter de celui de ma fiancée, une situation inconfortable, même si elle travaille actuellement. Par ailleurs cette reprise ne pourrait qu'être provisoire car dès Septembre, je me mettrai à travailler intensément. Certes, j'ai du temps libre. Je ne suis pas comme certains un bourreau de travail qui fait des nuits blanches à travailler, encore et encore. J'ai une vie. Mais ma vie, ce n'est pas ce blog. C'est essentiellement mon couple, que je construits et entretiens chaque jour. Vous comprendrez donc certainement si je vous dis que je consacre la majorité de mon temps libre à ma fiancée. C'est pourquoi je mets ce blog en veille. Je cesse d'y écrire, sans doute définitivement, sans toutefois le supprimer afin de garder la possibilité d'y écrire de temps en temps et, pour vous, de lire mes articles.

Dimanche 28 février 2010 à 11:45

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L'année 2010, consacrée à la Russie, a débuté en France en plein débat sur l'identité nationale. S'il n'existe a priori aucun lien entre ces deux événements, leur rapprochement peut s'avérer révélateur. En effet s'interroger sur l'identité de la Russie peut permettre de trouver des éléments, des pistes pour définir l'identité nationale française.

Le territoire russe s'étend sur plus de 9000 km, de Kaliningrad à l'Ouest à Valdivostok à l'Est. Cette superficie fait de la Russie un pays véritablement eurasiatique, à cheval entre Europe et Asie. Au sein de l'Europe notamment, cela la conduit à avoir une position unique en son genre. Elle semble à la fois faire partie de l'Europe et en être exclue. La Culture, à travers l'alphabet cyrillique et la religion orthodoxe, et l'Histoire, avec surtout la Guerre froide pendant laquelle le Rideau de fer a séparé l'Europe en deux entités distinctes, sont venus renforcer cette situation géographique si particulière. Tout au long de son histoire, la Russie s'est interrogée sur ce particularisme : est-elle un membre à part entière de l'Europe ou forme-t-elle, avec les autres pays slavophones, un bloc à part, rival ou partenaire ? En fonction de l'opinion de ses dirigeants, elle a tour à tour balancé entre ces deux possibilités sans jamais véritablement trancher : europhile sous Pierre le Grand ou Boris Eltsine, désireuse d'indépendance sous Alexandre III ou Staline. Aujourd'hui, alors que l'intégration européenne empiète de plus en plus sur « l'étranger proche » russe, cette question est toujours aussi pertinente. Au fond, on peut même se demander si, plus que l'une ou l'autre des réponses possibles, ce n'est pas cette question elle-même qui est constitutive de l'identité nationale russe.

En quoi ces éléments sur la Russie peuvent nous aider à définir l'identité nationale française ? Tout simplement en nous donnant des pistes de recherche. Tout d'abord, on s'aperçoit que le territoire est une composante majeure. Le territoire français actuel, dont la constitution remonte plus ou moins au XVIIIe siècle, est particulier à bien des égards. Pleinement à l'Ouest, elle fait à la fois partie du Nord et du Sud de l'Europe, est aussi proche de l'Espagne que de l'Allemagne, et ses frontières sont à la fois terrestres (2 970 km) et maritimes (3 427 km). Si ce n'est plus réellement le cas aujourd'hui, ces données ont pu provoquer des débats sur la position de la France dans le monde : pays d'Europe du Nord ou du Sud ? Puissance terrestre ou maritime ?

Cela permet de se rendre compte que l'on ne peut s'interroger sur l'identité d'un État sans se pencher sur la place qu'elle occupe sur la scène internationale et ses interactions avec les autres États, alors même que le débat actuel semble se concentrer quasi exclusivement sur la seule population française, la question de l'étranger n'étant abordé qu'à travers l'immigration. Si les relations de la Russie avec les anciennes parties de son empire, son « étranger proche », sont encore teintés de rapports de force et de domination, qu'en est-il des relations de la France avec son ancien empire colonial, et notamment avec l'Algérie qui a pleinement fait partie d'elle pendant plus d'un siècle ? Qu'en est-il de la « Françafrique » ? On peut aussi se demander si, parfois, la France n'adopte pas une position de protecteur des petites puissances comme l'Europe de l'Est pendant l'Entredeux-guerres ou le Tiers-Monde, et notamment la Palestine, plus récemment.

Mais l'aspect des relations extérieures françaises le plus intéressant à examiner est sans doute celui des relations européennes. Contrairement à la Russie, il ne fait pas de doute que la France fait partie de l'Europe. Mais l'approfondissement et le renforcement des institutions européennes, peuvent laisser penser que l'Union Européenne tend de plus en plus à devenir un Etat fédéral. Une idée qui a de quoi faire peur aux dirigeants européens, français compris. En effet les Etats-nations, qui ont eu besoin de tant de temps pour se construire une identité, pourraient se voir dissous dans un ensemble supranational. Une idée d'autant plus effrayante pour certains que leur identité est jeune et fragile. Ce n'est certes pas le cas de la France mais cela ne l'empêche d'avoir peur de disparaître. Raviver le sentiment national français, but explicite du débat lancé par Eric Besson, pourrait être un moyen de se protéger non seulement contre l'immigration mais aussi contre une construction européenne sur laquelle on a de moins en moins d'emprise. Rappeler ce qu'est l'identité française permettrait en effet de freiner à la fois une prétendue « islamisation » de la France mais aussi la naissance d'un véritable sentiment européen.

La réponse à ce dilemme entre construction européenne et identité nationale pourrait bien être apportée, une fois de plus, par l'étude de la Russie : la question n'est-elle pas plus importante que la réponse ? L'hésitation entre ces deux voies n'est-elle pas une réponse plus pertinente que l'une ou l'autre des voies disponibles ?

(Article publié dans le prochain numéro de Forum)


Dimanche 24 janvier 2010 à 20:56

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(Valérie Pécresse, secrétaire d'Etat à l'Enseignement supérieur / Pierre Tapie, directeur de l'Essec et président de la Conférence des Grandes Ecoles)

Bonjour commentateurs de toutes opinions,

Aujourd'hui, j'ai décidé de parler des quotas de boursier dans les grandes écoles. Etant moi-même boursier et dans une grande école, Sciences Po Strasbourg, il ne m'a pas été difficile de choisir ce sujet.

 

Tout d'abord il convient de revenir sur les faits et les mots qui ont été tenus car il semblerait qu'une fois encore ils aient été déformés au cours du processus de transmission de l'information. Le ministère de l'Education n'a jamais voulu imposer des quota aux grandes écoles. Le chiffre de 30 % de boursiers n'a été évoqué que comme un objectif qu'il faudrait chercher à atteindre par un certain nombre de mesures, jamais comme un quotum imposé par l'Etat. Pour plus de détails, vous pouvez toujours aller ici.

L'enseignement supérieur français est fondé sur la distinction entre les universités et les grandes écoles. Ouvertes à tous, les premières représenteraient l'égalité républicaine tandis que les autres, qui ne prennent que les étudiants qui ont réussi certaines épreuves, sont taxés d'élitisme ; sans doute d'ailleurs parce qu'elles forment généralement les élites de la société. Après avoir été le symbole de la méritocratie contre les privilèges hérités, le concours est devenu, pour beaucoup, un outil de reproduction des élites déguisés. Pourquoi ?

Essentiellement grâce à des travaux de sociologie, et notamment de Bourdieu, qui ont pointé le décalage entre la répartition des classes socio-professionnelles dans la société et dans les grandes écoles. C'est un fait, les classes supérieures y sont plus représentées qu'ailleurs. Comment expliquer cela ? On peut évidemment avancer que les enfants de parents aisés pourront bénéficier, plus que les autres, de soutien à domicile, de cours privés, de voyages à l'étranger etc. Mais au-delà de ça – c'est ce qu'a mis en lumière Bourdieu – ils ont l'avantage d'avoir été élevé dans un milieu très cultivé : débats politiques à table, visites au musée et toutes ces autres choses qui fournissent une culture similaire à celle évaluée lors des examens ou des concours. Il faut donc à la fois considérer le capital matériel (l'argent) et le capital culturel. Mais comment rétablir l'égalité des chances face à cette sélection élitiste qui ne dit pas son nom ?

Les mesures arbitraires comme les quota sont bien sûr la plus absurde solution. Cela conduit simplement à dégrader le niveau du diplôme, qui ne peut plus alors prétendre représenter certaines compétences. Par ailleurs comment savoir si un élève issu d'une famille modeste est dans cette école pour ses qualités ou pour ses origines ?

L'Etat demande plutôt à ce que soient mises en place, comme à Sciences Po Paris, des concours et voies d'admission « parallèles », adaptés aux étudiants issus de familles aux revenus modestes. Cette voie est à mi-chemin entre les quota et le concours puisque certaines places sont attribuées en fonction de caractéristiques socio-professionnelles mais aussi de compétences sanctionnées par une épreuve. Toutefois, pour préserver le niveau de leur diplôme, les écoles sont alors tentées de mettre aussi en place un diplôme « parallèle », d'une valeur moindre, ou alors de reporter la sélection plus drastique au niveau licence (Bac + 3).

La Conférence des Grandes Ecoles, dont ne fait pas partie Sciences Po Paris, préfère des mesures comme les « cordées de la réussite », des classes préparatoires spécialement destinées aux étudiants issus de classes modestes afin de pallier leurs manques grâce à des visites de musées, des débats sur l'actualité... Ils soutiennent aussi les campagnes auprès des lycéens contre l'auto-dissuasion afin que tous tentent leur chance et ne jettent pas l'éponge sans avoir essayé. J'aurais personnellement tendance à préférer ces mesures aux autres.

Mais au fond est-ce que le problème se situe réellement au niveau des grandes écoles ? N'est-ce pas déjà bien tard ? Les concours ne sont qu'une étape dans le processus de reproduction des élites, qui recouvre l'ensemble du système éducatif. L'annonce du Ministère de l'Education pourrait alors être vue comme un moyen de faire diversion et de masquer la distinction qui s'opère déjà au niveau du bac, du brevet et même avant. On peut aussi se demander s'il faut seulement élargir le recrutement des grandes écoles et pas aussi chercher à donner plus de valeur aux diplômes universitaires.

Mais finalement, même si on travaillait sur chacun de ces points, pourra-t-on réellement empêcher les élites de se reproduire ? Les classes aisées arrêteront-elles totalement de dominer les plus hautes fonctions et les plus hauts postes ? Ou n'arrivera-t-on qu'à élargir des voies d'accès qui sont condamnées à rester restreintes ?

Et maintenant, c'est à vous de vous exprimer !



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